Nous ne réagissons pas tous de la même manière face à une même situation. Certains décident rapidement, d’autres préfèrent réfléchir avant d’agir. Certains cherchent spontanément le dialogue et l’adhésion du groupe, tandis que d’autres accordent davantage d’importance aux faits, à la méthode ou aux résultats.
Ces différences peuvent être observées dans notre manière de communiquer, décider, travailler, résoudre un problème ou réagir à un changement.
Les modèles de styles comportementaux cherchent à fournir une grille de lecture simple de ces différences. Ils ne prétendent pas résumer toute la personnalité d’un individu. Leur objectif est plutôt de mettre en évidence certaines préférences dans notre manière d’agir et d’interagir avec les autres.
Des travaux de Jung aux modèles comportementaux
L’idée selon laquelle les individus présentent différentes façons privilégiées de percevoir le monde et de prendre leurs décisions ne date pas des modèles modernes fondés sur les couleurs.
En 1921, le psychiatre suisse Carl Gustav Jung publie son ouvrage Types psychologiques. Il y décrit notamment deux grandes attitudes, l’introversion et l’extraversion, ainsi que différentes fonctions psychologiques liées à la manière dont les individus perçoivent les informations et prennent leurs décisions.
Jung ne proposait cependant aucun système de quatre couleurs.
Ses travaux ont par la suite influencé de nombreux modèles de personnalité et de comportement. Certains ont progressivement cherché à rendre ces concepts plus accessibles, notamment dans les domaines de la communication, du management et du travail en équipe.
Les modèles utilisant des couleurs appartiennent à cette famille d’outils simplifiés. Ils ne constituent pas une reproduction de la théorie de Jung, mais utilisent certains principes généraux pour représenter de manière facilement mémorisable différentes tendances comportementales.
Dans ce cours, nous utiliserons quatre tendances : Action, Expression, Coopération et Analyse.
Qu’est-ce qu’un comportement ?
Un comportement est une manière d’agir ou de réagir dans une situation donnée.
Il correspond à quelque chose que l’on peut généralement observer : prendre rapidement la parole, demander davantage d’informations, écouter les autres avant de répondre, proposer une solution, exprimer un désaccord ou encore suivre précisément une procédure.
Le comportement est donc lié à ce que nous faisons dans une situation particulière.
Il n’est pas nécessairement permanent.
Une personne peut être très réservée pendant une réunion professionnelle et beaucoup plus expressive avec ses proches. Elle peut se montrer extrêmement méthodique dans son travail et beaucoup plus spontanée pendant ses loisirs.
C’est pourquoi un comportement observé à un moment donné ne suffit pas à définir une personne.
Personnalité, comportement et préférence
Ces trois notions sont proches, mais elles ne désignent pas la même chose.
La personnalité correspond à un ensemble très large et relativement durable de caractéristiques psychologiques qui participent à notre manière de penser, de ressentir et d’agir.
Le comportement correspond à ce que nous faisons concrètement dans une situation.
La préférence comportementale désigne plutôt une manière d’agir que nous avons tendance à adopter plus spontanément que d’autres.
Prenons une personne qui préfère généralement disposer de nombreuses informations avant de décider. Cette préférence ne signifie pas qu’elle sera toujours lente à prendre une décision. Si une situation exige une réaction immédiate, elle peut parfaitement agir rapidement.
De même, une personne qui aime prendre les initiatives peut parfaitement écouter longuement les autres lorsque la situation le nécessite.
Une préférence décrit donc ce qui nous vient plus naturellement, et non ce dont nous sommes capables.
Cette distinction est essentielle.
Une préférence n’est pas une capacité
Les styles comportementaux ne mesurent pas les compétences.
Une personne peut préférer travailler de manière spontanée tout en étant très compétente dans l’organisation d’un projet complexe.
Une autre peut aimer réfléchir longuement avant de décider tout en étant parfaitement capable de gérer une urgence.
De nombreuses capacités sont acquises par l’expérience, l’apprentissage et l’entraînement.
Il faut donc éviter des conclusions telles que :
« Cette personne est très analytique, elle ne saura pas improviser. »
ou :
« Cette personne aime la coopération, elle ne saura pas prendre une décision difficile. »
Un style indique une préférence possible. Il ne détermine ni l’intelligence, ni les compétences, ni les possibilités d’évolution d’une personne.
Pourquoi nos comportements varient-ils ?
Nos comportements sont influencés par plusieurs éléments.
Nos préférences personnelles jouent un rôle, mais elles ne sont jamais seules. Le contexte, l’expérience, les responsabilités, les personnes présentes, le niveau de stress ou encore les conséquences d’une décision peuvent modifier notre manière d’agir.
Une personne habituellement prudente pourra réagir immédiatement dans une situation d’urgence.
Une personne généralement très directe pourra devenir beaucoup plus attentive et diplomate lorsqu’elle doit annoncer une nouvelle difficile.
Une personne très sociable pourra rester silencieuse dans un environnement qu’elle ne connaît pas.
Nos comportements peuvent également évoluer avec l’expérience. Un professionnel apprend progressivement à adapter sa manière d’agir aux exigences de son métier.
Il est donc préférable de parler de tendances comportementales plutôt que de comportements fixes.
Le rôle de la situation
Une même personne peut montrer des facettes différentes selon les circonstances.
Au travail, elle peut adopter un comportement fortement organisé parce que sa fonction l’exige. Dans sa vie personnelle, elle peut préférer beaucoup plus de spontanéité.
Elle peut rechercher le consensus dans une situation ordinaire, mais prendre seule une décision lorsqu’elle est responsable d’une situation urgente.
Le style comportemental doit donc toujours être observé dans son contexte.
Il ne permet pas d’affirmer :
« Cette personne agit toujours ainsi. »
Il permet plutôt de dire :
« Cette manière d’agir semble revenir fréquemment chez cette personne dans ce type de situation. »
Quatre grandes tendances
Pour faciliter l’observation et la compréhension de ces préférences, nous allons utiliser quatre grandes tendances comportementales.
🔴 Action correspond principalement à une orientation vers les objectifs, les décisions et les résultats.
🟡 Expression est davantage associée aux échanges, aux idées, à la spontanéité et à l’enthousiasme.
🟢 Coopération privilégie davantage l’écoute, la stabilité, les relations et la recherche d’harmonie.
🔵 Analyse accorde une importance particulière aux faits, à la réflexion, à la précision et à l’organisation.
Les couleurs servent uniquement de repères visuels. Elles permettent de mémoriser plus facilement les quatre tendances.
Elles ne constituent pas quatre types de personnes.
Nous possédons les quatre tendances
Nous sommes tous capables d’utiliser les quatre tendances.
Nous pouvons être orientés vers l’Action lorsqu’il faut prendre rapidement une décision, utiliser l’Analyse lorsqu’un problème demande de la précision, rechercher la Coopération lorsqu’un désaccord apparaît et mobiliser l’Expression lorsque nous souhaitons partager une idée.
Ce qui varie d’une personne à l’autre est surtout l’importance relative et la spontanéité de ces différentes tendances.
Certaines peuvent être très marquées, d’autres plus discrètes.
Il est donc préférable d’éviter de dire :
« Je suis rouge » ou « cette personne est bleue ».
Une formulation plus juste serait :
« J’ai une forte tendance Action » ou « cette personne semble souvent privilégier l’Analyse ».
Les chapitres suivants permettront d’étudier chacune de ces tendances séparément, puis de comprendre comment elles peuvent se combiner, s’observer et s’adapter selon les situations.
Une grille de lecture, pas une étiquette
L’objectif de ce modèle n’est pas de classer les personnes.
Il doit permettre de mieux comprendre pourquoi deux individus peuvent aborder la même situation de manière très différente sans que l’un ait nécessairement raison et l’autre tort.
Face à un problème, l’un peut vouloir immédiatement savoir ce qu’il faut faire, un autre chercher de nouvelles possibilités, un troisième se demander comment les personnes concernées vont réagir, tandis qu’un quatrième voudra d’abord vérifier les informations disponibles.
Ces différentes approches peuvent toutes être utiles.
Le modèle des quatre tendances doit donc être considéré comme un outil de compréhension et de communication. Il permet d’observer certaines préférences, mais ne remplace jamais la connaissance réelle d’une personne et ne doit pas servir à la réduire à une couleur.